• Donner des clefs aux tout-petits

     Armand 3 ans est en visite chez le médecin. Il est accompagné par son assistante familiale, car il est placé en famille d'accueil. Son assistante fait remarquer au médecin qu’Armand ne veut pas grandir.

    Celui-ci, qui le connaît bien, lui dit : « Mais il faut grandir Armand ! Tu es grand maintenant. » Cet enfant est de petite taille et il ne s'intéresse pas vraiment aux jeux qui l'entourent.

    Armand l'observe d'un regard triste et j'ai le sentiment qu'il n'a pas les clefs pour grandir.

    Cette scène est banale, c'est un échange habituel entre des adultes et un enfant.

    Cet enfant est placé dans cette famille d'accueil depuis 6 mois et il essaie de reproduire avec son assistante la relation qu'il avait avec sa maman. Il veut être dans ses bras toute la journée.

    Comment rejoindre Armand dans sa détresse ? Comment lui donner la possibilité de grandir loin de sa maman ?

    Que connaît Armand de son histoire ? Est-ce que quelqu'un a pu lui dire que sa maman est déficiente intellectuelle, en lui expliquant ce qu'elle peut faire et ce qu'elle ne peut pas faire ?

    Est-ce qu'il sait qu'il peut faire autre chose que des câlins sans trahir sa mère ?

    Il y a des explications qui ouvrent l'enfant vers un chemin de vie.

    Des paroles justes, proposées à l'enfant, qui viennent donner du sens à son histoire et lui offrent la possibilité de s'ouvrir à ce qui l'entoure.

     

    Olivier, 2 ans et demi, est devenu très difficile. Il entre dans des colères de plus en plus fréquemment. Il se frappe la tête sur le sol et refuse le réconfort de ses parents. Tout son entourage (grands-parents, amis ...) disent qu'il est méchant. On le menace d'une punition pour qu'il s’arrête, mais rien n'agit.

    Mais, est-ce qu’Olivier à la possibilité de s'arrêter ?

    Il a commencé à se mettre dans ces états quand sa soeur Julia, 7 ans, est allée dans une école pour enfants précoces intellectuellement.

    Lors de l'échange, il est évoqué le fait que ces évènements familiaux ont renvoyé la mère d'Olivier et de Julia à sa propre histoire d'enfant. Le départ de Julia dans cet institut a rappelé à sa mère ce qu'elle a vécu, petite, avec sa soeur, la tante d'Olivier et Julia. Sa soeur était également une enfant précoce, or leurs parents ont toujours privilégié les compétences intellectuelles. Cette maman s'est toujours sentie rejetée, car elle n'était pas une brillante élève et de plus elle était très tonique !

    Le départ de Julia a ravivé cette blessure et cette colère enfouies en elle depuis longtemps. C'est Olivier qui est devenu « le porteur » de la douleur de sa mère.

    En expliquant à Olivier : « Cette colère n'est pas à toi, le départ de ta soeur dans l'institut a réveillé chez ta maman ce qu'elle a vécu avec sa soeur. Tes grands-parents privilégiaient ta tati, car pour eux être très intelligent, c'est important ! Ta maman, quand elle était petite, s'est sentie humiliée, et bien seule, car elle aimait construire des cabanes et jouer avec ses amies. Cette souffrance n'est pas à toi, alors je te propose maintenant que nous avons compris, de laisser cette colère et de continuer ton travail de petit garçon en jouant, en apprenant des choses... »

    Il n'a jamais refait de colères ingérables. Quelques jours après, il a redit ces paroles à ses parents : « Je n'ai plus de colère, la colère est à maman ! »

    C'est une chance que la situation se soit dénouée aussi vite.

    Souvent les enfants qui ont été très coléreux n'ont plus les clefs pour se calmer. Ils ont besoin du psychisme de leurs parents ou de l'adulte référent pour se calmer.

    Si l'adulte est à chaque fois en colère - souvent parce ce qu'il ne sait pas comment répondre -, comment l'enfant peut-il s'apaiser ?

    Proposer ses bras face à la colère peut aider un tout-petit à se calmer, ou tout au moins à réguler l'intensité de l'émotion qui le traverse.

    Lui apporter des mots pour penser et faire face à la situation comme par exemple : « Je ne comprends pas le pourquoi de ta colère, c'est difficile pour moi de te voir dans cet état, j'ai même peur quelquefois et du coup je crie aussi fort que toi. Mais on va essayer de trouver la ou les causes de ton mécontentement. » 

     

    Le jeune enfant envahi par la colère peut avoir peur de ce qui se passe à l'intérieur de lui. Peur aussi de l'effet qu'il produit sur les autres.

    Dans ces situations, l'enfant a besoin de notre empathie. Que ressent-il ? On peut faire des hypothèses et les lui proposer.

    L'enfant ne saisit pas toujours le sens des mots et des explications mais il comprend toujours quand on accueille ce qui est « en travail » chez lui, car il se sent rejoint dans sa vie émotionnelle profonde.

     

    Joséphine a 1 an, elle hurle toutes les nuits depuis sa naissance. Ses parents sont fatigués et désespérés. Ils ont tout essayé pour calmer Joséphine : les biberons la nuit, dormir avec elle dans leur lit, dormir dans sa chambre, la laisser crier, la réconforter... mais rien ne fonctionne et elle recommence toutes les nuits.

    Ils finissent par penser qu'elle est capricieuse et ils sont en colère contre elle.

    Pendant la consultation, le papa va raconter qu'avant sa naissance, ses parents ont perdu un bébé pendant l’accouchement. Cet évènement traumatique est resté un secret dans sa famille, il l’a appris par une cousine alors qu'il avait 24 ans !

    Le papa lui même avait des troubles du sommeil importants quand il était nourrisson.

    Toute mon attention va d'abord du côté du père pour lui dire combien cela a dû être angoissant de naître après un bébé mort. Surtout qu'il a grandi sans que cet événement soit exprimé et partagé dans sa famille.

    Il avoue avoir eu très peur que Joséphine décède au moment de sa naissance.

    Après avoir expliqué tous ces éléments de l'histoire familiale à Joséphine, en posant des mots sur les inquiétudes de son papa et en lui donnant une réponse aux questions qu'elle posait en se réveillant la nuit, Joséphine a pu acquérir un bon sommeil.

    On peut imaginer qu'elle venait demander : « Mais qu'est-ce qui se passe pour mon père ? Est-ce qu'il y a du danger ? » En expliquant les sensations et ressentis qu'elle avait perçus, en répondant à ces questions, elle a pu s'apaiser.

    Bien sûr, on peut se demander ce qu'elle a compris de ces explications. Ce qui est probable, c'est qu'elle s'est sentie comprise et rassurée de recevoir des réponses à ses interrogations. Elle a été rejointe dans son inquiétude, et cela elle est en mesure de le percevoir très vite !

     

    Le tout-petit ressent beaucoup de choses lors des gestes échangés et des diverses interactions avec son entourage.

     

    Quand une grossesse a été compliquée, l'accouchement difficile, les parents ont pu s'inquiéter sur le devenir de leur bébé. Toutes ces inquiétudes peuvent être encore présentes quand l'enfant grandit, alors même qu’elles font partie du passé. Quand le début de la vie a été mouvementé, le bébé a besoin de savoir ce qu'il s'est passé et surtout qu'on le rassure en lui disant que maintenant tout va bien. Sinon, il peut avoir besoin de venir interroger ces événements par ses pleurs, le repli sur soi, les troubles du sommeil... Il vient demander à sa façon : « Est-ce qu'il y a un danger ? Est-ce que je vais vivre ? Pourquoi a-t-on eu si peur pour moi ? »

     

     

    Chez un jeune enfant, les incidents et les traumatismes ne sont pas figés, l'apport d'explications lui permet souvent de les assimiler et de les intégrer sereinement. Il acquiert alors une sécurité intérieure et la liberté d'évoluer plus facilement.


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